Comment les enfants apprennent ?

“On n’a rien sans rien !” Qui n’a jamais entendu cette expression ? L’apprentissage scolaire est souvent synonyme de difficulté, voire d’échec. Plutôt que de mettre son enfant dans des cases : “il est feignant”, “il n’est pas motivé”, “il ne fait pas d’efforts”,… Il est important de savoir comment l’enfant apprend et quelles sont les difficultés qu’il peut rencontrer dans ses apprentissages. J’ai écrit cet article à partir de la conférence de Catherine Quilici dont vous trouverez l’intégralité en vidéo en bas de cet article.

 

Avant de rentrer dans le vif du sujet,  laissez-moi vous parler d’un incontournable, dont le rôle est primordial dans tous les apprentissages. Il s’agit du regard positif porté sur l’enfant. Que l’on soit parent, grand-parent, oncle, tante, enseignant,… Nous portons forcément un regard sur l’enfant. Le regard bienveillant est irremplaçable. C’est celui qui dit à l’enfant : “Vas-y, tu es capable”, “Je crois en toi”, “Tu peux le faire”, “Tu vas y arriver”. Ce regard n’a pas de valeur. Un enfant qui croit en lui, en ses capacités sera confiant pour rentrer dans les apprentissages.

Il est important que l’enfant soit armé tant les difficultés rencontrées dans le système scolaire sont nombreuses. Lorsque je parle de “système scolaire“, j’inclus aussi les enfants pratiquant l’IEF puisque ces derniers doivent rendre des comptes lors de l’inspection annuelle et sont également amenés à passer les examens nationaux (Brevet, BAC,…). Ils doivent être capable de s’adapter et de répondre aux exigences du système.

 

 

Quelles sont les difficultés rencontrées ?

 

 

La première difficulté du système scolaire est d’apprendre, de retenir POUR restituer. Autrement dit, on n’apprend pas pour savoir mais pour montrer qu’on sait. La finalité d’un apprentissage scolaire est de démontrer qu’on connaît. C’est le principe des examens, de la validation des acquis. Malheureusement, 20% de jeunes sont aujourd’hui en échec scolaire.

 

A cela, vient s’ajouter une deuxième difficulté. Tous les enfants ne sont pas égaux en terme de capacités, de prédispositions face aux apprentissages. Nous savons que 1 à 3 % souffrent de retard mental, 1 a 2 % d’autisme, 5 % troubles de l’attention, 10 % des troubles DYS. Je ne cite là que les pathologies ou les troubles principaux. Cependant, les signes des difficultés d’apprentissage sont à peu près les mêmes chez tous les enfants.

 

La troisième difficulté est la difficulté langagière. Eh oui, la langue française est pleine de pièges ! Rien n’est évident. Ce qui nous parait évident ne l’est pas forcément pour l’enfant. Les mots de l’école ne sont pas toujours ceux de la maison. Ce qui amène l’enfant à des difficultés d’appréciation de l’environnement.

 

Pour terminer avec les difficultés, nombreux sont les enfants qui ne possèdent pas les notions spatio-temporelles (durées, simultanéité,…) qui sont à la base de tous les apprentissages et qui permettent la compréhension des consignes. C’est une difficulté très répandue, bien plus qu’on ne pourrait le croire, notamment au cycle 2.

Maintenant que nous avons vu les difficultés rencontrées pour rentrer dans les apprentissages, engouffrons-nous dans le vif du sujet

 

 

Quelles fonctions mobilise-t-on pour apprendre ?

Vous allez me dire qu’une bonne hygiène de vie prédispose à un bon apprentissage : un temps de sommeil suffisant (d’autant plus important que les enfants apprennent en dormant), une alimentation équilibrée, une faible exposition aux écrans, la pratique d’un sport, les facteurs socio-culturels, l’environnement familial (l’accompagnement et le suivi des parents), les facteurs affectifs ( la relation avec l’enseignant),… Et vous avez raison ! Tous ces paramètres mettent l’enfant (et même l’adulte d’ailleurs !) en condition pour aborder les apprentissages de façon optimale.

 

Une fois l’enfant en condition, les fonctions cognitives sont sollicitées. Ce sont elles qui permettent au cerveau de traiter l’information

 

  • La motricité. C’est la première fonction cognitive au début de la vie : la succion lors de la tétée, la préhension d’un objet, la marche,…

 

  • Les perceptions auditives et visuelles. La perception auditive est extrêmement sollicitée dans le système scolaire puisque l’essentiel de la “transmission de savoirs” se fait oralement. Les perceptions visuelles, sont quant à elles, tout le temps sollicitées : lecture d’un texte, de tableaux à double entrées, de cartes, de graphiques, trouver des mots et indices dans un texte,…

 

  • L’attention. On distingue l’attention exogène et l’attention endogène. L’attention exogène est celle qui nous relie à l’extérieur et qui est sollicitée par les stimuli extérieurs. L’attention endogène, quant à elle, est celle qui nous relie à la tache. L’individu concentre son attention sur un objet ou une tache à accomplir. C’est la concentration

On observe une vraie difficulté à maintenir l’attention chez les élèves. A l’école, beaucoup de stimuli extérieurs viennent perturber l’attention (bruit, stylo qui tombe. voisin qui bouge,…). A la maison, l’environnement familial est synonyme de jeu. On comprend alors que l’attention de l’enfant se porte ailleurs (jouets, frères et sœurs,…).

D’où l’importance de maintenir l’attention par la proximité avec votre enfant, le fait de le regarder dans les yeux quand vous vous adressez à lui, de lui parler lentement, ….

 

  • Le langage. On observe de réelles difficultés langagières.
    • Tout d’abord, le manque de vocabulaire. On assiste à une réelle nécessité d’enrichir le vocabulaire des enfants.
    • Ensuite, la polysémie (caractéristique d’un mot ou d’une expression qui peut avoir plusieurs sens). La polysémie mène à des situations d’incompréhension et d’interprétations erronées. Si vous parlez à votre enfant de la côte de son squelette et qu’il comprend la côte (pente) à monter, c’est sûr que vous aurez du mal à vous comprendre !
    • Le champ lexical du temps et de l’espace. La représentation du temps et de l’espace peut être très différente selon les enfants. “Avant/devant”, “après/derrière”,… Votre enfant le comprend à sa manière !
    • Les mots abstraits (comme la joie, le mensonge, la passion) sont très difficiles car ils ne font pas images ; D’où l’important de revenir à l’étymologie (science de l’origine du mot).
    • Les phrases longues et complexes sont un frein à la compréhension. Parlez à votre enfant avec des phrases courtes. Vous allongerez ces dernières petit à petit.

 

  • Les fonctions exécutives. Elles gouvernent le cerveau et nous permettent de nous adapter instantanément. Elles permettent d’inhiber des comportements inadaptés (comme de marcher en tongs sur la neige) , d’anticiper,…. Ces fonctions ne sont à maturation qu’à 25 ans ! Alors ne blâmez pas votre enfant s’il tape son grand frère qui lui a pris son jouet ou q’il est distrait par sa petite sœur qui joue à côté de lui ! On ne pourra donc pas en vouloir à des enfants de 5, 10 ou même 15 ans d’avoir parfois des comportements inadaptées à certaines situations. Encore une fois, ce qui est évident pour nous, adultes, ne l’est pas pour des enfants dont le cerveau n’est pas arrivé à maturité.

 

  • Les mémoires. On distingue :
      • la mémoire procédurale, ou motrice, qui nous permet de produire des automatismes. Par exemple, lorsque je sais faire marcher ou faire du vélo, c’est un savoir à vie que j’exécute par automatisme, sans avoir à réfléchir.
      • la mémoire à court terme, sur un temps limité
      • la mémoire à long terme
      • et la mémoire de travail.

Le schéma de rétention de l’information présente différentes situations d’apprentissage. Ces différentes situations ne permettent pas toutes une assimilation équivalente. La lecture permet, par exemple, de mémoriser 10% de l’information alors que la pratique ou la manipulation permet de retenir 75% du contenu et le fait de l’enseigner aux autres permet d’en assimiler 90%. On comprend alors que les profs maîtrisent les matières qu’il enseignent !

La mémoire est un contenant, un espace de stockage ET un contenu.

Le contenu doit être extrêmement bien fait. Il doit être associer à des indices de récupération propres à l’enfant : mot, image,… Certains enfants enfants vont, par exemple, associer les fractions au mot “partage”, d’autres à une pomme ou à une pizza découpée en plusieurs parts, … Chacun a ses propres indices de récupération. On ne peut pas imposer les nôtres. Chaque contenu doit être bien rangé pour permettre à l’enfant d’y voir clair.

On assiste à une difficulté de passer du court terme au long terme.

Pour rendre opérationnelle la mémoire à long terme, 5 conditions sont nécessaires :

  • la compréhension parfaite du message,
  • l’évocation de ce message. L’évocation n’est pas forcément orale mais elle consiste à se faire une représentation de l’élément qui est à stocker
  • savoir où le ranger
  • se l’approprier
  • et avoir le projet de le restituer.

 

Les enfants font donc appel à plusieurs fonctions cognitives lors des apprentissages. Ces fonctions cognitives sont assimilables à des outils. S’il manque certains outils votre enfant, celui-ci se trouvera en difficulté.

 

Le “cercle vertueux des apprentissages” démontre l’importance de la confiance en soi dans les apprentissages. Un enfant qui a confiance en lui va s’engager dans les apprentissages en toute quiétude, ce qui va le mettre en situation de réussite, engendrer fierté et satisfaction et augmenter sa confiance en lui. Le cercle vertueux s’aliment par lui-même.

Comment aider votre enfant ?

 

 

La première chose est d’entretenir la sécurité cognitive par un regard bienveillant, des paroles positives et des encouragements. Ne faites surtout pas à sa place. Laissez-le faire tout en restant près de lui, dans les parages. Il acquerra de l’autonomie tout en étant rassuré. Montrez-lui également que l’erreur est source d’apprentissage. Il a le droit de se tromper.

 

Pour finir, ne négligez pas la consolidation. Répéter permet d’automatiser. L’automatisation libère des fonctions cognitives. Elle libère le cerveau. Tant qu’elle n’est pas automatisée, une activité est coûteuse pour le cerveau.

 

Retrouvez l’intégralité de la conférence de Catherine Quilici ci-dessous.

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